Fabriquer du plastique à base de plumes de poulet ? Un bon titre pour un poisson d’avril, mais ce n’en est pas un ! C’est même une idée très sérieuse de chercheurs américains qui, en 2011, ont réussi à obtenir une matière solide et de bonne qualité.
  • En 2011, des scientifiques ont exploré une voie chimique pour synthétiser un polymère à partir de plumes d’oiseaux et, concrètement, de poulets.
  • Ils ont obtenu un bon résultat à l’aide de l’acrylate de méthyle, qui polymérise avec la kératine (constituant majeur de la plume).
  • Les résultats sont depuis restés au stade du laboratoire.

Du fait de son bas prix et de son goût qui plaît à tous, le poulet est l’une des viandes les plus consommées dans le monde. Ce ne sont donc pas les plumes qui manquent ! Des scientifiques américains ont eu la bonne idée de valoriser ce déchet jusqu’à présent inutilisé, qui s’accumule à raison de plusieurs millions de tonnes par an. L’idée est plutôt originale et surtout très intéressante, puisqu’ils en ont fait… du plastique !

Un plastique sans hydrocarbure !

Du fait D’un point de vue moléculaire, les liaisons chimiques formant la matière thermoplastique doivent donc pouvoir résister à la température. C’est le cas du nylon (bas féminins), du polyéthylène (sacs plastiques), du polystyrène (retrouvé dans les boîtes d’emballage pour préserver des chocs), ou encore du polychlorure de vinyle, mieux connu sous son sigle PVC. Elles se distinguent des matières thermodurcissables (comme la Bakélite), qui deviennent irréversiblement solides une fois chauffées (et ne sont donc pas recyclables), à l’image d’un œuf cuit.

Le plastique à base de plumes a pour but de préserver l'environnement, à moindre coût, tout en valorisant des tonnes de déchets. © Mai Velasquez, Stockvault

Le plastique à base de plumes a pour but de préserver l’environnement, à moindre coût, tout en valorisant des tonnes de déchets. 

Que ce soit l’un ou l’autre des types de plastiques, ils sont actuellement majoritairement fabriqués à partir d’hydrocarbures, autrement dit à base de pétrole ou de gaz, avec les problèmes que cela pose. « Utiliser des déchets comme source alternative de matériaux est l’une des meilleures approches pour tendre vers une société plus durable et plus responsable d’un point de vue environnemental », explique Yiqi Yang, l’un des auteurs de ce travail. Les plumes n’étant pas chères, abondantes et à priori inépuisables, elles étaient dès lors une piste à explorer sérieusement.

Pour obtenir une matière plastique écologique, les plumes de poulet, constituées de kératine (comme les cheveux, les cornes, les ongles…), ont été traitées avec des produits chimiques, dont l’acrylate de méthyle. Ce produit liquide et incolore, notamment retrouvé dans les vernis à ongle, subit des polymérisations, c’est-à-dire que les molécules peuvent s’associer une à une pour former de très longues chaînes.
Le meilleur plastique écologique !

En l’occurrence, ils ont obtenu un polymère issu d’un mélange kératine-acrylate de méthyle, appelé feather-g-poly(methyl acrylate) ou plume-g-poly(acrylate de méthyle). Il possède apparemment d’excellentes propriétés thermoplastiques, meilleures que les matières fabriquées à partir de protéines de soja ou d’amidon. De plus, il s’agit du premier plastique à base de plume qui possède une bonne résistance à l’eau.

« D’autres avaient déjà essayé de développer des thermoplastiques à base de plumes, explique Yiqi Yang. Mais aucun d’entre eux ne se comporte bien quand ils sont mouillés. Avec cette technique, nous pensons que nous sommes les premiers à démontrer que l’on peut fabriquer des thermoplastiques à base de plumes de poulet stables dans l’eau et conservant de solides propriétés mécaniques. »

Par Claire Peltier, Futura

 

 

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